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Personnages historiques du village

Foulques III Nerra ( ? v. 972 – Metz 1040)

Portrait de Foulque III Nerra d'Anjou

Comte d’Anjou, la tradition attribue son surnom à son teint sombre. D’autres versions aux violentes brutalités commises pendant ses expéditions.

Brutalités est sans doute un doux euphémisme. L’être humain a de tout temps eu une imagination débordante pour peaufiner l’art de faire souffrir son prochain. Il suffit pour s’en convaincre de lire les mémoires de H. Samson, dernier représentant de la lignée Samson des exécuteurs des hautes œuvres de la Cour de Paris (charge héréditaire), qui retrace les pratiques en usage par la justice durant quelques siècles.

Et Foulques Nerra n’appartenait pas à la Justice : il pouvait s’en donner à coeur joie, en toute impunité, lors de ses batailles à visée hégémonique. Tortures, viols et autres comportements sanguinaires étaient (comme de nos jours) monnaie courante lors des guerres, vis-à-vis de la population civile.

Il fut d’abord en guerre contre ses voisins bretons, et tua de sa main le comte de Rennes Conan 1er, à la bataille de Conquereuil en 992. Puis il voulut agrandir ses terres en guerroyant en Poitou, en Touraine …

Un de ses fidèles, Roger, dit le « Petit-Diable », seigneur de Montrésor, fut récompensé de son attachement au comte par la garde du castrum de Montrichard, récemment fortifié et rattaché à Montrésor.

Des volumes entiers seraient nécessaires pour relater la vie fougueuse de Foulques Nerra, guerrier, bâtisseur, habile manoeuvrier en diplomatie, généreux et calculateur, fourbe et sincèrement repentant …

Quelques traits saillants :

Sa première épouse Elisabeth de Vendôme est brûlée vive lors de l’incendie d’Angers vers l’an mil, « accidentellement», disent certaines chroniques. Une autre interprétation soutient qu’elle a été délibérément brûlée vive avant le brasier de la ville car elle n’avait pas pu donner d’héritier mâle, seulement une fille, Adèle. Il se remariera avec Hildegarde de Haute-Lorraine de Sundgau, qui lui donnera enfin l’héritier mâle désiré (Geoffroy II Martel), et une fille Ermengarde Blanche.

Toujours excessif dans ses comportements, du moins à l’aune d’un occidental contemporain, il redoute la fureur divine. Il multiplie pèlerinages et fondations pieuses. Ses pas le mènent quatre fois à Jérusalem où il édifiera son entourage par la violence de son repentir public.

Sur ses terres, il fait bâtir et dote richement de très nombreux édifices religieux, dont l’abbaye de Beaulieu-les-Loches, où il sera inhumé.

Sa politique conduira la maison d’Anjou à son essor, jusqu’à s’allier à la dynastie des Valois.

 

Imbert de Batarnay ( ? v. 1438 – Montrésor 1523)

Le gisant d'Imbert de Batarnay

Conseiller de Louis XI et de Charles VIII. – Membre du Conseil du roi à partir de 1468. – Seigneur du Bouchage, dit brièvement la Bibliothèque de France

Quelle notice intéressante par sa brièveté même ! Voici un homme qui va passer de règne en règne sans perdre son influence. C’est un destin peu courant.

De petite noblesse, Imbert devient chambellan du Dauphin Louis XI, alors en révolte ouverte contre son père le roi Charles VII (dit le Victorieux ou le Bien Servi) et exilé en Dauphiné, puis conseiller.

Reconnaissant, Louis, devenu enfin roi en 1461, favorisera son riche mariage avec Georgette de Montchenu, malgré l’opposition des parents de celle-ci, et ils y perdront fortune et terres. Louis XI n’admettait pas qu’on lui résiste … et ne le tolérera jamais.

Malgré une éducation médiocre, Imbert se distingue par ses talents de diplomate. Il négociera pour son maître avec les plus grands du royaume alors en complète restauration (la guerre de Cent ans s’est terminée officiellement en 1453, mais reste en totale division devant les appétits féroces des Bourguignons, de son frère Charles, des Bretons, voire contre des alliances ourdies avec les Anglais …) et sera chargé de réprimer des émeutes ou révoltes provinciales.

A la mort de Louis XI, son fils Charles VIII a légalement atteint la majorité royale (14 ans), mais il admet qu’il ne peut régner seul. Imbert se ralliera à la tutrice Anne de Beaujeu, et conservera son poste, négociant avec les maisons de Savoie et d’Autrice. Mais Charles, devenu époux d’Anne de Bretagne, meurt accidentellement à 27 ans et laisse le trône à Louis XII. Imbert sera chargé, lourde et périlleuse tâche, de préparer le remariage d’Anne de Bretagne avec le nouveau roi (il a fallu rompre de princières fiançailles), afin de garder le duché attaché au royaume de France. Dans le même registre, il devra aussi faire annuler l’alliance prévue de Philippe 1er de Castille avec Claude de France, qui épousera finalement le successeur de Charles VIII, François 1er.

Imbert se maintient donc au sommet de l’État, contre vents et marées.

Cependant, l’âge arrive, avec les maladies et les deuils personnels successifs qui l’atteignent. S’il reste proche du pouvoir (François 1er le nommant gouverneur de son fils à naître), il restreint ses activités.

Pour tous les services rendus à la Couronne, il sera largement récompensé en titres, terres et richesses.

Les orthographes du nom restent imprécises (c’est pourquoi les noms propres n’ont pas d’orthographe). On peut lire (liste non exhaustive) :

Umbert de Bastarnay

Ymbert de Bastarnay

Imbert de Bastarnay et toutes les combinaisons possibles du même prénom avec Batarnay !

 

Comte Xavier Branicki (Varsovie 1816 – Assiout 1879)

Portrait de Xavier Branicki

Dans toute l’histoire de l’Europe, la Pologne reste un pays à part, tantôt puissant et vaste, tantôt réduit et soumis. De plus, avec les mélanges de nationalités dus aux mariages des puissants de ce monde, il est fort difficile de se dire polonais, russe, allemand ou autre ! C’est ainsi qu’on présente Frédéric Chopin comme Polonais, alors qu’il est Français (seule sa mère était polonaise) !

Le Polonais Poniatowski sera amant de la tsarine Catherine II puis dernier roi de Pologne, son neveu maréchal d’Empire sous Napoléon Ier, et un descendant ministre de V. Giscard d’Estaing.

C’est qu’au début du XIXème siècle commence la diaspora polonaise.

Au moment où naît Xavier Branicki, sa richissime famille est alliée à des Russes d’origine allemande, à des Polonais, ses immenses possessions terriennes n’ont rien à voir avec la carte géographique de l’actuelle Pologne et les choix politiques de ses grands parents (plutôt tsaristes) ne le destinent pas à devenir le héraut de la réunification de la Pologne. Et pourtant …

Après son éducation par des précepteurs, il entre dans l’armée à l’âge de 18 ans. Remuant et un peu trop acquis aux idées « modernes », il n’est guère apprécié du Tsar Nicolas 1er, et profite d’une absence de celui-ci (en voyage officiel à Londres), pour donner sa démission. Le souverain le condamne par contumace à toutes les déchéances possibles, au bannissement, et fait saisir ses biens. Il n’en reste pas trop : Xavier Branicki avait eu la prudence d’en vendre ou hypothéquer la majorité.

Direction la France, terre d’asile, via l’Italie. Il fréquente la haute société, se lie avec Plon-Plon, cousin de Napoléon III (qui se détestaient). Richissime et franc-maçon, il co-fonde le Crédit foncier, investit dans les chemins de fer, participe au financement des travaux d’Haussmann à Paris, achète le château de Montrésor -avec de nombreuses terres alentour-, qu’il rénovera, meublera et décorera somptueusement. Il acquiert la nationalité française en 1854 et participe à deux campagnes du Second Empire, obtenant ainsi la Légion d’Honneur.

Il devient maire de Montrésor en 1860 jusqu’à la guerre de 70. Il fera largement profiter le village de sa richesse : restauration de la Collégiale, de nombreux bâtiments communaux, cimetière dans un terrain qu’il offre à la municipalité, écoles …

Après la guerre, il épouse en 1873 une veuve polonaise mère de deux enfants. Lui-même a plusieurs fils dont un est reconnu. Mais le comte, à part quelques legs, le déshéritera au profit de son propre petit frère Constantin, pour cause de mésentente.

Voyageur, il meurt en Egypte en 1879. Les mauvaises langues, souvent bien informées mais en tout cas toujours malveillantes, soutiennent que de la « poudre à héritage » aurait été versée dans son verre.

Insolite : le comte Branicki a ramené d’Italie un voyant-médium, Daniel Dunglas Home. Celui-ci prétendait faire tourner les tables, marcher les fauteuils, bouger des objets sans les toucher, pouvait faire entendre des bruits très insolites, et être doué de lévitation. Il avait aussi des dons de prophétie, et aurait fait apparaître la main de Napoléon 1er, signant un document en présence du couple impérial (Napoléon III et Eugénie). Il sera reçu plusieurs fois aux Tuileries et à Biarritz. Le beau-frère du comte Branicki l’aurait pris en flagrant délit de fraude. Daniel Dunglas Home mourra à 53 ans de la tuberculose.